Dès sa création, la Librairie pédagogique du FLE s’est voulue le point d’ancrage de tous les acteurs de la formation en FLE. Ce secteur, dont l’une des caractéristiques premières est la diversité, ne cesse de grandir, de s’élargir, au rythme d’une société qui, elle aussi, ne cesse d’être en mouvement. Cette diversité, nous la voyons chez les formateurs qui viennent nous rendre visite à la librairie : enseignants FLE en France ou à l’étranger, formateurs indépendants, formateurs de formateurs, étudiants / chercheurs … mais aussi de très nombreux bénévoles agissant auprès des publics adultes pas ou peu scolarisés.
Afin de proposer à ce public des rendez-vous correspondant à ces réalités et d’apporter quelques éléments de réponses aux différentes problématiques auxquelles ils font face dans leur pratique, l’École Communautaire a organisé ces derniers mois plusieurs rendez-vous autour de la formation linguistique aux publics migrants.
Notre dernière rencontre sur ce thème a eu lieu le 12 octobre et portait sur le choix des manuels d’alphabétisation et des activités « hors manuels » à proposer aux publics adultes non lecteurs et non scripteurs. Nous avons bénéficié de deux intervenantes de choix pour animer cet après-midi : Mariela De Ferrari de la société Co-Alternatives, didacticienne spécialisée dans l’ingénierie de la formation, et Ophélie Sinelle, formatrice en ASL (atelier socio linguistique).
Faire intervenir ces deux professionnelles aux parcours différents mais néanmoins très complémentaires nous a permis d’aborder la question du choix des outils à utiliser sous deux aspects : les critères à prendre en compte pour choisir un manuel pertinent en fonction de son public et de sa démarche pédagogique, et les idées à développer autour des documents authentiques quand il s’agit d’enseigner sans manuels.
Mariela De Ferrari a proposé une démarche d’analyse d’outils à partir de la description de l’organisation d’ensemble des manuels, puis plus spécifiquement de l’organisation des unités de chacun de ces manuels. L’idée est donc de situer les logiques de chaque outil, et de comprendre l’élaboration et l’approche méthodologique de chacun.
D’une part, il s’agit de comprendre la cohérence d’ensemble, en observant le sommaire et les logiques de progression à l’oeuvre : la construction des liens entre unités, les intitulés de chaque partie, les objectifs annoncés, et les composantes de l’écrit à l’oeuvre (pragmatique, textuelle, phrastique, infra-phrastique, cf. « l’interprétation de l’erreur » de Martine Marquillo Larruy). Cette macro-analyse repose sur les questions suivantes : quels types d’objectifs priment dans le manuel, quels sont les liens entre chaque parties et autour de quelles composantes se fait la progression… Autant de questions à mettre en relation avec son propre environnement, son propre public, la périodicité des cours, afin d’en mettre à l’épreuve la pertinence.
Une micro-analyse cherchera ensuite la cohérence interne de chaque unité en partant de questions comme : quelles sont les finalités des unités, des activités proposées, comment ces activités sont-ellesamenées ? Les consignes sont elles claires et adaptées aux textes, les liens entre chaque activité sont-ils cohérents? Enfin, quelles sont les composantes de l’écrit à l’oeuvre ?
Autant de questions que les participants ont eu le loisir de se poser en piochant dans une sélection de quelques manuels existants, et en établissant par eux-mêmes une grille de critères afin d’affiner leurs choix. Peu de manuels ont résisté aux critiques ! Force est de constater en effet que bien peu d’entre eux passent le test du terrain … Ce qui d’ailleurs est une constatation qui a mis d’accord tout le monde : un manuel à lui seul ne suffit pas à amener les apprenants dans l’écrit. Il faut en complément faire preuve de créativité en s’appuyant sur les documents authentiques que la situation d’immersion de ces publics permet de collecter au quotidien.
C’est à partir de quelques uns de ces documents qu’Ophélie Sinelle a animé son atelier (journaux gratuits de type « Metro » ou « 20 minutes », formulaires administratifs, factures EDF, catalogues de vente par correspondance, etc.). Elle a choisi de partager avec les groupes de participants ses idées d’activités et a naturellement proposé en corpus d’analyse ses propres documents de cours. Le défi pour chaque groupe était de construire une cohérence pédagogique à partir de documents dispersés et de comprendre la pertinence de certains choix méthodologiques dans le contexte précis de l’entrée dans l’écrit de publics adultes non scolarisés. Ophélie a montré dans le détail le type de supports sur lequel on pouvait s’appuyer, expliqué comment se construisait peu à peu une progression pédagogique à travers de multiples tâtonnements et reprises et a permis aux participants de partager concrètement son expérience.
Co-Alternatives est une société créée en 2010 à l’initiative de professionnels souhaitant partager leur savoir-faire dans la mise en place de nouvelles ingénieries à visée d’insertion. Co-Alternatives s’adresse aux entreprises, entreprises d’insertion, organismes de formation, collectivités territoriales, associations de proximité et aux bénévoles souhaitant développer des projets et professionnaliser leurs équipes.
Co-Alternatives propose des formations telles que « Lire et écrire à l’âge adulte » et « Méthodologies de l’oral », qui intéresseront particulièrement les salariés et bénévoles intervenant sur des dispositifs linguistiques, ainsi que les responsables de structures associatives agissant auprès des adultes migrants.
Document d’analyse > Evaluer pour se former – grilles d’analyse des composantes de l’écrit

