« On comptait en 2000 deux millions d’étudiants en mobilité internationale ; leur nombre a déjà doublé aujourd’hui et il pourrait doubler encore dans les dix ans qui viennent. On comptait moins de 500 cours en ligne (Moocs) au printemps 2013 ; ils étaient déjà 3 000 à l’été 2014. Cette double transformation marque l’irruption d’une logique d’internationalisation et donc de concurrence dans un secteur longtemps organisé sur une base quasi exclusivement nationale et, en France, très majoritairement de service public.
La France dispose d’atouts certains : notamment, des établissements de grande renommée, une production scientifique reconnue et un réseau scolaire à l’étranger parmi les plus étendus au monde. Elle reste d’ailleurs le troisième pays d’accueil des étudiants internationaux en 2012 avec 6,8 % du total des effectifs.
À un pays qui s’est souvent vécu comme un perdant de la mondialisation, ces atouts permettent de prendre place parmi les gagnants.
C’est un problème cependant. Les établissements d’enseignement supérieur français s’inscrivent pour la plupart dans une logique non marchande et font face à de sérieux problèmes de ressources. Maintenir seulement à son niveau actuel la part de la France parmi les pays de destination des étudiants internationaux impliquera d’en accueillir 200 000 de plus dans dix ans. À l’évidence, cela ne pourra se faire à système inchangé : les ressources budgétaires, les effectifs enseignants, les équipements même n’y suffiront pas, d’autant que les attentes de ces étudiants mobiles ne feront qu’augmenter.
Qu’il s’agisse du service d’enseignement lui-même ou des conditions de la vie étudiante, des progrès sont indispensables si nous voulons rester attractifs.
L’expansion internationale des établissements français – l’exportation de notre excellence universitaire – pose des problèmes voisins : elle demande de l’autonomie et en même temps un soutien des réseaux diplomatiques, des compétences spécifiques, des ressources, la possibilité de s’inscrire, quand il le faut, dans une logique d’investissement et de rendement économique.
La perspective de l’internationalisation invite ainsi à revisiter un certain nombre de questions notoirement controversées : celle de la tarification de services d’enseignement aux étudiants extra-communautaires ; celle de l’autonomie des établissements ; celle des moyens d’une stratégie d’investissement ; celle de l’équilibre entre objectifs de contribution au développement et de développement d’une offre compétitive. »
(Rapport France Stratégie – janvier 2015 / Extrait de l’avant-propos)
